À l'occasion de Maison&Objet septembre 2026, SAFI et Ateliers d'Art de France décernent le Rising Talent Awards Craft à Karlien van Rooyen. Céramiste sud-africaine et ancienne militante environnementale, elle modèle l'argile à mains nues pour en faire la mémoire des terres fragilisées et la résilience du vivant.
Les Rising Talent Awards distinguent, à chaque édition, de jeunes créateurs de moins de 35 ans issus d’un pays invité. Ce prix récompense leur audace, leur créativité et leur rayonnement sur la scène internationale. En septembre 2026, l’Afrique du Sud sera à l’honneur.
À cette occasion, SAFI, organisateur du salon Maison&Objet, en partenariat avec Ateliers d'Art de France, décerne le Rising Talent Awards « Craft », dédié aux métiers d’art. Cette distinction salue l’excellence d’artisans d’art dont les créations, réalisées en pièces uniques ou en petites séries dans leurs ateliers, témoignent d’un savoir-faire d’exception. Reconnues par les acheteurs internationaux, ces démarches contribuent à faire émerger une nouvelle génération de créateurs et à promouvoir la vitalité des métiers d’art contemporains.
L’artisanat d’art sud-africain puise dans sa mémoire
Depuis des générations, l'Afrique du Sud puise dans la richesse de ses traditions ancestrales et la diversité de ses cultures pour forger un artisanat d'art d'une singularité rare. Tissage, céramique, sculpture, travail du métal ou des perles : chaque geste artisanal porte en lui une mémoire vivante, ancrée dans les territoires et les communautés qui le font vivre. Aujourd'hui, une scène créative émergente s'empare de cet héritage pour le réinventer, dialoguant avec les enjeux contemporains sans renier ses racines.
Stéphane Galerneau, Président d'Ateliers d'Art de France, a ainsi désigné la céramiste Karlien van Rooyen lauréate du Rising Talent Awards dans la catégorie Craft. Il a salué un travail « ancré dans un engagement profond : ancienne militante environnementale, Karlien van Rooyen modèle l'argile à mains nues. Ses céramiques portent la mémoire des terres et des êtres fragilisés. »
Karlien van Rooyen exposera sur le secteur FINE CRAFT – métiers d’art de Maison&Objet* du 10 au 14 septembre 2026. Elle présentera des pièces uniques réalisées spécialement pour l’occasion.
De l’activisme à l’argile

Née en 1991 en Afrique du Sud et aujourd’hui basée au Cap, Karlien van Rooyen développe une pratique sculpturale profondément ancrée dans l’expérience vécue. Sculptrice céramiste à la démarche conceptuelle affirmée, elle incarne une génération d’artistes pour qui l’argile devient un espace de transformation personnelle autant qu’un langage critique.
Son parcours atypique commence loin des ateliers. Initialement formée en sciences médicales avec une spécialisation en neurosciences, elle s’engage ensuite pleinement dans l’activisme environnemental, travaillant pendant trois ans aux côtés de communautés autochtones. Cette immersion dans des territoires menacés et des modes de vie alternatifs marque durablement sa perception du monde. La conscience aiguë de la fragilité des écosystèmes, mais aussi de leur résilience, constitue aujourd’hui le socle conceptuel de son œuvre.
Après avoir quitté le militantisme de terrain, elle se tourne vers l’art comme forme de guérison et de reconstruction. En 2017, elle obtient un diplôme en art contemporain à l’Université d’Australie du Sud, où son potentiel créatif est récompensé par le prestigieux Minter Ellison Award. L’année suivante, une bourse internationale lui permet d’effectuer une résidence de sept semaines à Jingdezhen, en Chine, berceau historique de la porcelaine. Cette expérience approfondit son rapport à la matérialité de l’argile et à son héritage culturel.
Une pratique céramique entre maîtrise technique et acceptation de l'imprévu
Le savoir-faire de Karlien van Rooyen repose sur une relation directe et physique avec l’argile, qu’elle travaille principalement en modelage manuel, sans moule ni tour. Elle presse, creuse et assemble la matière par couches successives, laissant volontairement visibles les empreintes de ses doigts, les strates et les tensions internes. Ses sculptures présentent des surfaces incisées au couteau ou à la pointe métallique, des fissures maîtrisées et des zones volontairement érodées qui rappellent des parois rocheuses ou des fragments archéologiques.
Elle intervient souvent sur l’argile à consistance cuir, moment précis où la matière est assez ferme pour être gravée sans s’effondrer. À ce stade, elle trace des motifs discrets inspirés des pétroglyphes, parfois presque imperceptibles à distance. Cette précision technique exige une connaissance fine du temps de séchage : trop humide, la surface se déforme ; trop sèche, elle se brise.
La cuisson constitue une étape déterminante. Karlien ajuste minutieusement les courbes de température et expérimente différentes atmosphères de four pour provoquer des variations de teinte et de texture. Certaines pièces sont cuites plusieurs fois afin d’intensifier la profondeur des émaux.
Son travail des glaçures, notamment influencé par les émaux volcaniques et le mouvement « fat lava », repose sur des applications épaisses, parfois superposées, qui réagissent chimiquement à haute température. Les coulures, cloques et cristallisations ne sont pas accidentelles mais recherchées, issues d’un dosage précis entre oxydes, silice et flux.
En assumant fissures, retraits et irrégularités, Karlien van Rooyen revendique un savoir-faire où la technique ne masque pas le processus mais le révèle. Chaque œuvre devient ainsi la trace tangible d’un engagement corporel, d’une maîtrise patiente et d’un dialogue constant entre la main et le feu.








